Écrire neuf tomes avant de connaître ses lecteurs

Une histoire sans lecteur

Comme vous avez pu le comprendre dans Chronique d’une création, c’est au milieu du mois d’avril 2026, le 15 exactement, que commence véritablement cette aventure.

Plutôt que d’attendre une hypothétique ouverture des soumissions de manuscrits, bloquées pour une durée indéterminée dans les maisons d’édition spécialisées que j’avais ciblées, ou une réponse tout aussi hypothétique des agences littéraires, je décide de publier à mon compte le premier volume de Mémoires d’un voleur : Un jour presque ordinaire.

Inconscience, diront certains. Audace, répondront d’autres. Et pour ceux qui me connaissent : logique, tout simplement, au regard de mon parcours et de ma manière d’agir.

Mais une question reste entière.

Quels que soient mes choix, quel accueil les lecteurs réserveront-ils aux aventures de Gustav Kolerbiltag ?

C’est donc sans ceinture de sécurité que je saute dans le vide, sans savoir si ceux-ci seront au rendez-vous.

Banzaï…

Puis les regards arrivent

Aujourd’hui, avec cinq mois de recul, les volumes de vente restent encore modestes.

Cela dit, comme aiment à me le rappeler plusieurs de mes amis, c’est assez normal lorsqu’on est inconnu dans la profession et qu’en plus on publie sous pseudonyme afin de protéger sa vie privée et de cloisonner ses différentes activités.

Leur explication tient la route. Elle est rationnelle et factuelle.

Mais bon… la normalité et moi, ça a toujours créé quelques frictions.

Vous l’aurez compris, j’aime les challenges difficiles. Mais je suis également conscient que publier une saga n’est sans doute pas le chemin le plus simple pour se faire connaître et rencontrer ses lecteurs.

Outre le coût financier — principalement lié au travail de correction professionnelle réalisé avec Emmanuelle Billant, ma correctrice — je prends moi-même en charge tout ce qui gravite autour du projet dès lors que cela entre dans mes compétences.

Heureusement, l’enthousiasme de mes premiers lecteurs me donne du baume au cœur. C’est avec plaisir que j’épingle leurs retours sur mon site, dans la page Avis & témoignages : preuve sociale, s’il en fallait une, que les aventures de Gustav semblent trouver leur public.

Les retours des chroniqueurs, venus depuis ajouter un nouvel étage à ma fusée, vont d’ailleurs majoritairement dans le même sens… même si certains n’adhèrent pas au concept.

Une erreur de débutant dans le ciblage de certains chroniqueurs.

Eh oui, « l’édition est semée d’embûches », pour paraphraser un commentaire de BOOKTECH sous l’un de mes posts LinkedIn.

Mais rassurez-vous, chers lecteurs et lectrices : je suis en train de rectifier le tir. On peut faire des erreurs ; l’essentiel est de ne pas s’obstiner à les reproduire.

Et si vous m’avez suivi jusque-là, vous êtes maintenant en droit de vous demander :

qu’est-ce qui peut bien faire tiquer certains lecteurs ?

Lire avec les yeux de Gustav 

Les retours lecteurs sont multiples et variés. Les plus intéressants vont heureusement bien au-delà d’un simple pouce « J’aime ».

Les avis commentés font du bien à l’ego de l’artiste — à supposer que j’en ai un — et me rassurent sur l’adéquation entre le lecteur et mon œuvre. Je viens quand même de vous confier mon bien « le plus précieux »…

Mais parfois, certains avis piquent. D’autres agacent.

Ils n’en sont pas moins intéressants, car ils nous en apprennent tout autant sur la perception que les lecteurs ont du livre qu’ils viennent de s’approprier. C’est généralement à cet endroit que se rencontrent — et parfois se heurtent — la vision de l’auteur et celle de son lecteur.

Certains auraient préféré un personnage plus introspectif dès le premier tome, alors que son évolution s’étale sur neuf volumes et que mon choix d’auteur est celui de l’expérience par l’action, pas de la branlette intellectuelle…

Pour d’autres, le rythme est trop rapide. D’autres encore trouvent que Gustav s’en sort trop facilement.

Cette dernière remarque me fait encore sourire. Arsène Lupin aussi s’en sort plutôt bien, et pourtant le personnage est devenu mondialement connu et aimé de générations de lecteurs. Qu’en aurait pensé Maurice Leblanc ?

Le problème — ou peut-être simplement l’une des habitudes de notre époque —, c’est que nous voulons souvent tout, tout de suite.

Or une trajectoire ne se décrète pas en un tome.

De la même manière qu’un individu se construit dans la vie par ses rencontres, ses expériences, ses erreurs et ses actes, Gustav se construit au fil de son parcours. Il en va de même dans mon roman. J’ai choisi la fantasy et un monde que j’ai créé comme cadre pour raconter cette évolution.

Que cela vous plaise… ou pas.

Et c’est finalement au croisement de deux regards très différents que la réponse à certaines de ces réactions a commencé à se dessiner : une discussion avec ma correctrice, Emmanuelle, et les chroniques d’Élisabeth de Córdoba.

En cette mi-septembre 2026, Emmanuelle et moi sommes en pleine correction du tome 3. C’est donc tout naturellement que nous nous appelons pour nous caler sur la suite.

J’en profite pour lui raconter ce qui s’est passé durant ces cinq derniers mois. De son côté, elle me fait part de ses inquiétudes concernant son fameux wiki, qui menace désormais d’exploser sous le foisonnement de mon œuvre…

Puis, au détour de cette heure de débriefing, alors que je lui raconte mes déboires avec certains chroniqueurs et le sérieux resserrage de vis que j’ai depuis appliqué à leur sélection, elle me lance une remarque :

— Ton livre implique de lire avec les yeux de Gustav.

Et là… tilt.

Lire avec les yeux de Gustav.

C’était précisément l’un de mes choix d’écriture. Un choix que je ne lui avais jamais révélé.

Soudain, un lien se fait avec les chroniques réalisées quelques mois plus tôt par Élisabeth de Córdoba.

Car, instinctivement, c’est précisément ce qu’elle a fait en chroniquant mes deux premiers tomes : elle a lu avec les yeux de Gustav. La lecture de ses chroniques sur The Libris World vous éclairera sans doute davantage sur ce point.

Le constat qui se dégage de cette conversation prend alors tout son sens.

Lire avec les yeux de Gustav signifie que, même si la narration est à la troisième personne, le lecteur reste dans son champ d’expérience. Il découvre ce que Gustav découvre, comprend ce que Gustav est capable de comprendre à cet instant et peut passer à côté de ce que lui-même ne remarque pas, ne comprend pas encore ou ne juge simplement pas important.

Le lecteur n’est donc pas placé au-dessus de Gustav avec toutes les clés en main. Il avance avec lui.

Et les nombreuses remarques de lecteurs soulignant l’immersion ressentie dès leur lecture prennent alors un autre sens. Elles sont peut-être, sans qu’ils le sachent nécessairement, l’une des conséquences de ce choix.

Voilà sans doute l’un des éléments qui participent à la singularité de mon écriture et, plus largement, à l’identité d’Éditions Oniriques.

Mais vous l’aurez déjà compris : si le lecteur ignore encore comment cette histoire se terminera, celle-ci, en revanche, ne peut plus changer de direction…

Une histoire qui ne peut plus changer de direction.

Elle ne peut plus changer de direction pour une raison très simple : elle est entièrement terminée et, de son commencement à sa conclusion, elle me satisfait telle qu’elle est.

Le travail que nous effectuons aujourd’hui avec Emmanuelle ne consiste donc pas à réécrire l’histoire au gré des réactions des lecteurs. Nos corrections portent essentiellement sur ce qui a pu m’échapper malgré mes nombreuses relectures et que seul un œil extérieur et professionnel peut encore repérer.

Mais ce n’est pas la seule raison.

Pour travailler sur la saga, j’ai transmis à Emmanuelle les différents documents annexes dont elle avait besoin : chronologies, informations sur l’univers et autres éléments permettant de suivre ce qui se déroule au fil des neuf tomes.

De son côté, elle a rapidement choisi de mettre en place son propre wiki.

Et, à demi-mot, elle m’a récemment avoué être plutôt contente d’avoir pris cette précaution…

Car, avec la correction du tome 3, ce qu’elle commence à découvrir de la suite et certaines choses que j’ai pu lui révéler font désormais naître une autre inquiétude : elle a peur que son wiki finisse par exploser sous le foisonnement de tout ce que j’ai semé dans cette histoire.

Ce qui, je dois bien l’avouer, m’amuse beaucoup.

Parce que moi, je sais déjà où tout cela conduit.

Les réactions des lecteurs peuvent aujourd’hui me faire découvrir une autre perception de mon histoire. Elles peuvent me montrer ce qu’ils ont remarqué, ce qu’ils ont manqué, ce qu’ils imaginent ou ce qu’ils attendent.

Mais elles ne peuvent plus modifier le chemin de Gustav.

Vous l’aurez compris : il ne vous reste plus qu’à découvrir la suite.

Et maintenant ?

Le 1er octobre, le tome 3 sortira comme annoncé.

Et mon récent calage avec Emmanuelle me permet également de vous annoncer dès aujourd’hui le calendrier des parutions pour les deux prochaines années.

À compter de 2027 et jusqu’à la conclusion de la saga en 2028, trois volumes paraîtront chaque année :

1er mars — 1er juillet — 1er novembre.

Ainsi, 2027 verra paraître les tomes 4, 5 et 6, puis 2028 les tomes 7, 8 et 9.

Le dernier volume de Mémoires d’un voleur paraîtra donc le 1er novembre 2028.

Et puisque l’expérience consiste aussi à vous laisser découvrir cette aventure progressivement, les couvertures des six derniers tomes sont elles aussi déjà réalisées… mais elles resteront encore secrètes.

Elles seront dévoilées au fur et à mesure des prochaines parutions.

Voilà.

Les fonds nécessaires aux corrections sont provisionnés, le calendrier est arrêté et les neuf tomes sont écrits.

L’aventure ira jusqu’au bout, quoi qu’il se passe.

source-narethil-editionsoniriques-https://editionsoniriques.com
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