Chronique d’une création

Chronique d’une création : le rituel matinal à l’origine de Mémoires d’un voleur

En ce début du mois d’avril 2025, le ciel à l’extérieur de ma maison est dégagé. La température semble fraîche. Un coup d’œil à ma montre me le confirme : 5 degrés. Il est 6 heures. La journée sera claire, pas de pluie.

Comme à mon habitude, je me dirige vers ma cafetière à levier. Tous les jours, j’entame ce même rituel matinal. Laissez-moi vous le présenter, mais gardez à l’esprit qu’il ne s’agit absolument pas du sujet de cet article.

Grammage, broyage manuel des grains de café éthiopiens — ma sélection du moment. Le temps d’engloutir les madeleines préparées la veille, ma La Pavoni est prête. J’extrais le délicieux nectar dans les règles de l’art, puis me dirige vers le bureau où j’allume mon ordinateur.

Ce matin aurait pu être un jour ordinaire.

Mais j’allais me lancer dans une étrange aventure.

Tout d’abord, laissez-moi vous révéler un secret : en me levant, pour une raison qui m’échappe encore, j’avais une histoire en tête et une envie irrépressible de la mettre sur papier…

Pourquoi ? Comment ? Ne me le demandez pas, je n’en sais toujours rien.

Quoi qu’il en soit, la page blanche est devant moi et le curseur clignote sous mes yeux. Je pose les mains sur le clavier et commence à taper, incapable de m’arrêter.

Vers midi, le prologue est écrit.

Après un déjeuner rapide, pris debout comme à mon habitude, je me remets à écrire. À la fin de la journée, le chapitre 1 est là.

Je relis.

Il y a beaucoup de rouge.

L’autocorrecteur de Pages sature et, pour ne rien arranger, il y a plein de mots qu’il ne connaît pas…

Plutôt que d’avancer, je décide de corriger ce que j’ai déjà écrit. Je traite donc ce que je vois, mais soyons clairs : l’orthographe n’a jamais été ma prédilection.

À l’époque, mon fils n’arrêtait pas de me parler de ChatGPT, qu’il utilisait dans son travail.

Ma première réaction avait été :

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ce truc ??? »

Contre toute attente, je télécharge l’application. Je dois l’admettre, avec beaucoup de réticence.

Quelques jours plus tard, j’y poste mon prologue pour une correction orthographique, puis le chapitre 1. L’application corrige les fautes, la typographie… et se permet quelques changements.

Holà ! Que nenni.

Corriger les fautes, oui. La typographie, oui.

Mais le sens et les idées, c’est niet.

Ce réglage a été très important. Il m’a sans doute permis d’aller jusqu’au bout de cette expérience et, par la même occasion, d’apprendre progressivement à dompter la bête…

Une histoire qui ne voulait plus s’arrêter

Un mois plus tard, l’étrange phénomène se reproduit toujours : chaque matin, en me levant, la suite de ce que j’ai écrit est là et il faut que je la décharge. C’est vital.

Mais à ce moment-là, je m’aperçois que j’ai déjà écrit plus de trois cents pages… et je sens que ce n’est pas terminé.

Pendant mes temps de pause, je commence à me renseigner sur les codes de l’édition via ChatGPT.

Tout simplement parce qu’écrire me plaît, que je cherche à comprendre ce que je fais et que j’ai envie de faire quelque chose de propre. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’à cet instant, faire un livre n’est ni une préoccupation ni une obligation.

De plus, je claironne suffisamment fort dans mon entourage professionnel que je n’ai aucune envie d’écrire ou de faire un livre sur ma pratique, alors même que ceux qui me suivent me le demandent parfois…

Ceux qui me connaissent comprendront sans doute l’ironie de la situation.

Après trois mois, j’en suis à neuf cents pages et ça ne semble toujours pas vouloir s’arrêter.

Ma femme, sans véritablement s’inquiéter, commence tout de même à se poser des questions. Il faut préciser que je n’en ai parlé à personne au début.

Je finis donc par lui avouer ce que je fais — comme si cela avait quelque chose de honteux.

Elle me regarde, surprise. Moi, écrire ? Une gageure, sans doute. Mais elle semble intéressée et me propose de me lire.

Et pourquoi pas ?

Les vacances de juillet ne sont plus qu’à quelques jours. Je lui envoie donc mes textes.

Elle les lira au bord de la piscine et, arrivée à la fin du tome 3, me dira :

« Tu me files la suite ? »

Je vous passe ma surprise.

Madame n’est pas une aficionada de fantasy. Même si je lui ai fait découvrir le genre, ce ne sont pas des lectures vers lesquelles elle se tourne naturellement. Elle est cependant très ouverte et lit tout ce qui lui plaît, quel qu’en soit le genre.

Comme nous sommes en vacances, je n’ai pas accès à mon ordinateur. Quinze jours sans écrire.

Mais dans ma tête, ça bouillonne. Il y a du texte en attente.

Je profite donc de cette pause estivale pour me renseigner encore davantage sur le monde du livre. ChatGPT est dans mon téléphone et je commence à regarder plus sérieusement si, éventuellement, je pourrais faire quelque chose de tout cela.

Ce que je découvre ne me convainc pas vraiment.

Je garde donc mon idée première : continuer pour me faire plaisir… et aussi, désormais, pour celle qui semble particulièrement avide de connaître la suite.

Bien sûr, à mon retour, l’information a fuité dans mon entourage et tout le monde veut savoir de quoi il retourne…

Dix mois plus tard, les livraisons nocturnes m’ont fait accoucher d’un texte de plus de 600 000 mots et de plus de trois mille deux cents pages d’après Pages — oui, je travaille sous Mac et non, je n’utilise pas Word.

De l’écriture au livre

Le texte est là. Mais écrire plus de 600 000 mots et publier un livre sont deux choses bien différentes.

Commence alors un autre travail : relire, reprendre, corriger, faire lire, écouter les retours et revenir encore sur le texte. Un travail qui, d’ailleurs, se poursuit toujours aujourd’hui sur les différents tomes de la saga.

Chronique d’une création : de l’écriture de Mémoires d’un voleur à la préparation du livre

Pendant que ces relectures continuent, je prends contact avec Emmanuelle, de Plume en main, une correctrice professionnelle, qui accepte de travailler sur mon ouvrage. Le premier tome peut alors progressivement prendre le chemin de la publication, tandis que le reste de l’histoire poursuit son propre parcours de relecture et de correction.

Mais avant d’en arriver là, laissez-moi vous expliquer les choix qui m’ont conduit à l’autoédition.

L’autoédition par pragmatisme

Alors que je suis plongé dans les relectures, j’ai davantage de temps et je commence à chercher comment publier mon premier ouvrage.

Je fais donc le tour des maisons d’édition spécialisées dans le genre et, à ce moment-là, toutes ou presque ont fermé leurs soumissions. Le monde de la fantasy est saturé. Certaines reçoivent tellement de manuscrits qu’elles annoncent avoir près de deux ans de travail devant elles.

J’essaie alors de prendre contact avec des agents littéraires pour m’aider dans cette démarche.

Là encore, pas de réponse.

Sont-ils débordés ? Mon projet ne les intéresse-t-il tout simplement pas ? Je n’en sais rien.

Peu importe.

Je ne suis pas disposé à attendre deux ans que les choses bougent. Je décide donc, non par idéologie mais par pragmatisme, de me lancer à mon compte.

Cela ne me fait pas particulièrement peur : voilà trente ans que je travaille ainsi. Ce n’est donc pas vraiment un sujet.

Toutes les casquettes

Je vais alors découvrir, tour à tour, toutes les casquettes de l’édition.

Les joies de KDP…

À peine le tome 1 publié, on me demande une vérification d’identité et mon accès au compte est bloqué dans l’attente de celle-ci.

Problème : je possède bien des pièces d’identité parfaitement valides, mais aucune au format carte bancaire désormais exigé. Il me faut donc les refaire en urgence avant que mon compte ne soit définitivement fermé.

L’administration française me délivrera mes nouveaux papiers au standard actuel en neuf jours. Comme quoi, quand ça marche, ça marche !

J’éviterai ainsi in extremis la clôture de mon compte et une fin particulièrement prématurée de l’expérience…

Je vous laisse imaginer mon stress et mon agacement du moment. Ceux qui me connaissent s’en souviennent encore.

Et bien sûr, à cela vient s’ajouter la création du site sur lequel vous me lisez aujourd’hui.

Il m’a fallu me remettre à la bidouille informatique, que j’avais abandonnée quinze ans plus tôt lors de la refonte de mon site professionnel, lorsque Joomla avait fini par faire l’affaire.

Mais, contre toute attente, j’ai aussi repris plaisir à mettre les mains dans le PHP, le JavaScript et consorts, et à découvrir les nouveaux standards du Web.

Merci au passage à Élodie et Wendy pour leurs conseils. Elles se reconnaîtront.

Puis sont venues les couvertures et les illustrations. Là encore, il a fallu apprendre : construire des prompts efficaces avec ChatGPT, ajouter Affinity dans la boucle et comprendre comment combiner tous ces outils pour parvenir aux visuels que j’avais en tête.

Et puis les réseaux sociaux.

Moi qui n’en avais jamais utilisé, il a bien fallu m’y mettre.

Et enfin, la sacro-sainte commercialisation.

Un domaine que j’avais abandonné depuis longtemps, lassé par cet univers et désireux de vivre simplement de ma passion.

Ironie de l’histoire : cette nouvelle passion venait de m’y ramener.

Sortir de l’anonymat

Bureau d’Ashen Kol avec le site des Éditions Oniriques et les tomes de Mémoires d’un voleur

L’autoédition n’est donc pas un long fleuve tranquille.

Et faire connaître le livre d’un auteur parfaitement inconnu, qui n’a aucune intention de sortir lui-même de l’anonymat, constitue probablement l’un des plus grands défis de cette étrange aventure.

Bien sûr, les retours des lecteurs et ceux des chroniqueurs sont autant d’encouragements à poursuivre.

Il y a un peu plus d’un an, pourtant, rien de tout cela n’existait.

Il était six heures du matin.

Il faisait 5 degrés.

Je préparais mon café.

Et cette journée aurait pu être un jour ordinaire.

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